l’hôpital de la ville archipel.
L’Hôpital Sud, bâtiment patrimonial emblématique de Rennes, est un symbole pour tous les Rennais à qui il a donné naissance. Malheureusement, il doit bientôt renoncer à ses fonctions initiales. Il est donc temps de lui offrir une seconde vie.
S’il s’est originellement inscrit dans un modèle de ville où l’étalement urbain est maîtrisé - la ville archipel - sa renaissance s’inscrit aujourd’hui à un tournant. En effet, la ville-centre a atteint sa limite physique : la rocade N136 qui borde l’hôpital. La ville doit ainsi se construire sur elle-même afin de protéger la ceinture verte qui la borde. La seconde vie de ce bâtiment pourrait donc devenir un symbole d’une ville qui se régénère éternellement sur elle-même, en étant un maillon essentiel d’un urbanisme circulaire.
Dans sa renaissance, l’Hôpital Sud peut accueillir différents programmes qui permettront à la fois à la ville, au quartier du Blosne et à lui-même d’évoluer en symbiose. Pour ce faire, la transformation de cette infrastructure suivra quatre axes de réflexions : la régénérescence urbaine, paysagère, matérielle et immatérielle afin de répondre au mieux aux problématiques de la ville actuelles.
Premièrement, la régénération urbaine vise à favoriser un patrimoine résilient et capable. L’idée est qu’il puisse amorcer une réflexion sur la construction de la ville sur la ville au regard de l’héritage urbain dont l’on dispose. L’objectif est alors d’inventorier et de diagnostiquer précisément les bâtiments et les surfaces imperméables mobilisables sur la métropole. Le CHU est un exemple type d’opportunité de fabrication de la ville sur elle-même. Cet inventaire permet in fine de pouvoir valoriser les qualités de ce qui existe en affirmant la capacité et la morphologie des infrastructures, ainsi que d’anticiper les évolutions possibles en proposant une architecture flexible qui s’appuie sur les qualités typologiques existantes.
Cette première action s’accompagne simultanément d’une régénération paysagère. L’ambition est de fabriquer des interfaces fortes en s’appuyant sur la richesse des paysages rennais existants. En premier lieu, afin de fabriquer une trame écologique active au sein de la ville, un inventaire des espaces paysagers présents sur la métropole est établi afin de les valoriser, les réactiver, mais aussi de les reconnecter en renaturant certains espaces artificialisés. Par exemple, dans le projet, la ville est bordée d’un grand parc périphérique qui fait l’interface ville - campagne. En second lieu, l’idée est de reconnecter les citadins à leur ceinture verte en ouvrant des sentiers métropolitains à travers la diversité des territoires dont elle est composée. Le maillage des réseaux doux révèle le paysage par la marche, celle-ci permet d’appréhender le territoire périurbain agricole qui peut se révéler étonnant. Ainsi, en appréhendant mieux ces paysages singuliers, en proposant de les vivre, le projet affirme une ville-archipel qui protège ces espaces.
Pour que ces évolutions urbaines et paysagères adviennent de manière vertueuse, il est nécessaire de les accompagner d’un processus de régénérescence matérielle important. En effet, pour qu’un urbanisme circulaire complet se mette en place, il semble primordial de continuer à développer un réseau d’acteurs autour des ressources existantes. La ville-archipel vise aujourd’hui à devenir un modèle urbain de proximité, dès lors une question se pose : quelle est la provenance des produits que nous consommons ? La métropole rennaise possède un nombre de ressources impressionnant grâce à sa ceinture verte : des céréales, de la paille, des produits maraîchers, ou encore du bois. La ville de Rennes elle-même produit des ressources : invendus de supermarchés, compostage, terre d’excavation ou encore éléments de déconstruction. Il semble donc essentiel de valoriser ces ressources en fabriquant des lieux de transformations ou finalement la ressource urbaine et la ressource agricole entrent en symbiose. L’implantation de ces nouveaux lieux permet de mettre en relation les acteurs du territoire tout en intégrant de nouveaux protagonistes comme des transformateurs des terres d’excavation en matériaux de construction. Finalement, le citadin renoue avec les ressources de son territoire par la régénération matérielle.
Afin d’accompagner le développement d’un réseau d’économie circulaire, il ne faut pas oublier la régénération immatérielle, en particulier celle des interactions sociales. Pour favoriser la rencontre, le projet fabrique des lieux de destination où naissent des habitudes et des moments de partage. Ces lieux doivent proposer des services inclusifs où tous les citadins sont accueillis. Ainsi, ces espaces fédérateurs sont l’occasion de construire une mémoire collective.
le renouveau du Blosnes.
Si le projet a d’abord une ambition métropolitaine en devenant l’Hôpital de la ville-archipel, c’est d’autant plus le cas à l’échelle du quartier du Blosne. La proposition est définie par six axes programmatiques, à inclure dans la continuité du projet de renouvellement urbain du quartier - l’échangeur solidaire - le théâtre social - la fabrique de la mémoire - l’interface du vivant - l’école des arts constructifs - la plateforme de valorisation.
Ce secteur de grands ensembles, construit de toute pièce à partir des années 70, est l’un des quartiers les plus défavorisés de Rennes. Alors, le projet propose de faire de cette maternité un lieu fédérateur solidaire comme il l’a toujours été. À titre d’exemple, nous y trouvons une banque alimentaire, une ressourcerie, une cantine populaire, une maison de quartier... Ces programmes fabriquent donc l’échangeur solidaire.
Au-delà d’un besoin de solidarité, il s’agira de proposer des interactions sociales fortes au sein du quartier en multipliant les lieux d’habitudes, les différents programmes ouverts au public en feront une réelle destination de proximité : le théâtre social.
Pour que ce bâtiment s’intègre au mieux dans l’écosystème social existant, il est nécessaire d’inclure l’habitant à la réflexion et à la réalisation afin de fédérer, tout en fabriquant une mémoire collective commune pour projeter ensemble le futur du quartier. La concertation, tout comme le chantier sont des moments primordiaux dans la fabrication du projet ; mais aussi la révélation d’un patrimoine bâti. Ainsi, le projet propose, grâce à un chantier participatif et événementiel, une fabrique de la mémoire.
Si le lien culturel au quartier est prédominant, la relation à la nature n’est pas à délaisser. Afin d’offrir une qualité de vie toujours plus importante, le projet propose de renforcer et d’activer la trame paysagère par des espaces à thèmes comme des potagers familiaux, une houblonnière ou des espaces de loisirs. Ces espaces, connectés, s’appuient notamment sur les sentiers métropolitains et périphériques afin de caractériser l’interface du vivant.
Pour renforcer davantage la relation entre l’habitant et son territoire, l’intégration de plateformes de valorisation des ressources métropolitaines permet de recycler et de transformer les matières urbaines et agricoles de celles-ci. On y retrouve - un espace de transformation des terres excavées en matériaux de construction - un atelier de fabrication d’ossature bois paille - un centre de réemploi en relation avec les Halles en Commun - une plateforme de valorisation alimentaire (recyclerie de pain rassis, une microbrasserie ou une cidrerie). Ces programmes permettent de régénérer les ressources, considérées comme déchets, et constituent la plateforme de valorisation.
Cette nouvelle aire productive pour le Blosne est l’occasion d’en faire un nouveau lieu d’enseignement et de partage de connaissances avec la création d’une école reliant les différents pôles universitaires, professionnels du secteur de la construction ou plus généralement de l’économie circulaire. L’école des arts constructifs permet de poursuivre la notion de “ville campus” tout en offrant de nouveaux types de formation axée sur des savoir-faire.
Pour conclure, la diversité des programmes fonctionne en complémentarité à l’échelle du site, du quartier et de la métropole afin d’ancrer la régénérescence du CHU dans son territoire. Finalement, cette diversité permet aussi de favoriser les liens d’usages et de possible mutualisation entre les acteurs du territoire rennais.
une seconde vie pour le patrimoine du XXème siècle.
Afin de répondre à ces ambitions, l’Hôpital Sud doit se transformer. Héritage du modèle Fontenoy, il offre une capacité spatiale remarquable. Cependant, la massivité de son socle logistique, remanié à plusieurs reprises, ne permet pas d’habiter confortablement cet ensemble et réduit la lisibilité de la figure en X de ce patrimoine. Le premier acte de projet est d’ouvrir le socle du bâtiment en le détachant du corps en X par des percées. Cet acte permet ainsi d’apporter de la lumière dans le bâtiment jusqu’au sous-sol tout en révélant la morphologie de ce patrimoine. Enfin, le noyau de circulation est conservé et devient la connexion publique centrale entre les programmes.
Ce patrimoine offre également une structure favorisant la flexibilité. Elle est affirmée en définissant une boîte à outils qui permet, dans une même structure, de pouvoir assumer tous les types de programmation. Typique de l’architecture fontenoise, la façade autoporteuse est retravaillée tout en conservant sa forme initiale afin d’allonger sa durée de vie. Les panneaux, désamiantés et ré-isolés avec des matériaux biosourcés seront réemployés. L’enveloppe est ensuite complétée de balcons filants pour offrir des extérieurs privatifs à chacun des programmes de la croix centrale. Grâce aux variations morphologiques existantes, ce prolongement extérieur peut alors offrir différents usages.
La transformation de cet héritage de plus de 50 000 m2 demande finalement un processus particulier afin d’en faire un lieu intégré dans la vie du quartier. Il s’agira de réfléchir et d’expérimenter avec les habitants et futurs habitants. La mise en place de lieux de concertation, d’architecture transitoire et d’actions de préfiguration est primordiale avant le début du chantier. Ensuite, la mise en place de la plateforme de valorisation simultanément à la percée des rues permet de débuter le chantier circulaire. La transformation de la croix centrale se fait en différentes phases, tout d’abord le rez-de-chaussée, le sous-sol et les deux premiers niveaux seront entièrement dénudés. Ils deviennent alors un grand tiers-lieu accueillant différents événements et débats sur l’avenir du bâtiment. L’école peut alors s’installer sur les deux premiers niveaux. Et finalement, les plateaux de logements se construisent progressivement aile par aile. Sur cette partie du processus, le chantier accueille différents événements particuliers, des moments d’expérimentation pour l’école, et des moments de fabrication avec les futurs habitants. Quelque temps après la fin du chantier, de nouveaux moments de concertation sont mis en place afin de questionner l’aménagement du bâtiment et d’amorcer la possible reconfiguration de certains espaces.
Finalement, l’architecture de ce projet vise, par l’espace, à démontrer la capacité du bâtiment, sa rationalité et sa volumétrie caractéristique. Les percées, geste architectural défini par la raison, sont l’expression de cette volonté. Tout en s’inscrivant dans un urbanisme de projet, cette proposition pour la transformation de l’Hôpital Sud pourrait permettre à la fois de donner une seconde vie à ce patrimoine du XXe siècle, tout en prolongeant le renouveau du quartier et la régénérescence de la ville de Rennes.