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Nailloux a connu en 2025 plusieurs péripéties climatiques révélatrices d’une situation tendue qui nous pousse à définir ce qu’est et ce que sera la ressource en eau. Entre orages de grêle de mai et chaleurs accablantes de juin, l’or bleu, ressource aujourd’hui si rare, doit retrouver sa place dans nos territoires.

l’eau et la topographie.

Le territoire des collines resserrées du Lauragais est une potentielle bio-région. Son périmètre est établi par deux vallées formées de quatre cours d’eau ; à l’Ouest l’Ariège et l’Hers vif et à l’Est le Canal du Midi et l’Hers mort. Ils cadrent un paysage collineux au centre duquel se trouve Nailloux. Ces deux données que sont la topographie et l’hydrologie posent déjà la question de la ressource.

Quelle est la ressource première de Nailloux ? Le contenant ou le contenu ? L’eau ou la topographie ? C’est la question posée. Si la topographie est une ressource morphologique présente, ressentie à chaque balade et visible à chaque regard, l’eau est une ressource qui peine à exister dans ce territoire sec aux pentes omniprésentes. La topographie, plus qu’une ressource, est un invariant de projet à Nailloux. L’eau, invisible, est la variable la plus difficilement ajustable.

Pourtant, Nailloux porte en elle ce rapport à l’eau, par la présence du lac de la Thésauque, exception communale, construite en 1973 à des fins agricoles et ludiques. Mais aussi par sa morphologie géologique qui fabrique une trame bleue d’une grande lisibilité.

la ville, l’antagoniste.

À Nailloux, la topographie est aussi le contenant de l’urbanisation. La ville s’implante le long de l’actuelle rue de la République, longeant la crête qui domine toutes les collines qui la bordent. Le cœur historique est constitué à la fois d’un ancien castrum au sommet de la ville, d’une bastide aux règles adaptées à la situation morphologique et de quelques faubourgs le long des trois axes principaux de la commune. Cette ville s’est ensuite étendue pour s’installer sur les souleillas, coteaux exposés au sud en Occitan. Pour finir, des extensions ont été bâties sur les hauteurs restantes, les coteaux Nord, trois d’entre eux subsistent, notamment celui de l'Abestenc de Tregan.

Cette morphologie en grappe, produite par la topographie, induit son reflet paysager, celui du tracé de l’eau qui fragmente la ville et fabrique une figure spécifique d’entrelacement de trames, urbaines et hydrologiques, sur une topographie qui régit les deux. C’est ça l’essence de Nailloux, une topographie qui raconte la ville et l’eau, deux antagonistes : l’une s’élève, l’autre s’enfonce, la première est figée, la seconde est en mouvement, la ville s’étale et artificialise là où l’eau se raréfie et bonifie les sols.

l’habitant, arbitre entre deux mondes.

Re-garde l’eau, c’est révéler cette figure d’entrelacement à chaque échelle, fabriquant une ville connectée à son territoire par l’eau, à travers l’habitat, les équipements, mais surtout l’espace public et le paysage. L’entrelacement des trames, est une fractale multiscalaire, Re-garde l’eau en tire parti comme support de son ambition ; faire de Nailloux une destination à vivre, une ville plus autonome en accord avec les ressources que lui offre son territoire. Cette fractale implique un travail à chaque échelle intégrant dans sa logique l’habitant, seul arbitre entre ville et paysage, afin qu’il puisse jouir de ces deux entités. Impliquer les habitants dans ce schéma s’initie par la pédagogie, en révélant l’eau comme bien commun de manière visible au sein de chaque espace public et de chaque architecture, en s’attachant toujours à préserver la ressource. Cela passe aussi par un processus visant à ouvrir le champ des possibles dans l’évolution des différentes échelles de projets.

Nailloux, polarité bio-régionale.

À l’échelle occitane, Nailloux est une ville largement dépendante de la capitale régionale, Toulouse. Afin de questionner ce modèle, la première étape est de faire une lecture de la région occitane selon les bio-régions qui la composent, à commencer par les collines resserrées du Lauragais. Nailloux est perchée sur l’arête qui sépare les bassins versants des vallées qui entourent ces collines. Sa position centrale au sein de ce territoire en fait une polarité pour les communes comme Mongeard, Seyre ou Mauvaisin, amenant nécessairement une logique centripète. Elle induit de meilleures connexions, mais aussi des équipements à la hauteur du bassin de vie que représente cette bio-région. Nailloux assume ainsi pleinement son rôle de catalyseur, en impulsant une nouvelle dynamique territoriale à son échelle, fondée sur un équilibre écologique et sur la solidarité bio-régionale. Suivant son écoulement gravitaire, la mise en réseau du territoire par l’eau relie naturellement les communes entre elles. L’agriculture est également une clé commune de ce territoire rural.

Sur ces pentes marquées, il est nécessaire d’avoir une politique agricole commune permettant de protéger à la fois la qualité de l’eau, les sols argileux et les productions. La conversion en agriculture biologique des parcelles bordant les cours d’eau, notamment sur le bassin versant de la Thésauque, permettrait d’irriguer des projets intercommunaux comme un bail long maraîcher ou des fermes en bail rural à clause environnementale. Pour valoriser ces productions, un contrat tripartite d’approvisionnement en bio est à mettre en place avec la cuisine centrale.

À ces échelles, la fractale de l’eau et de la ville se lit avec Nailloux comme centralité bâtie, entourée de deux grands bassins versants et jalonnée de cours d’eau et d'établissements humains. L’eau relie Nailloux aux autres communes par des sentiers bio-régionaux longeant ces voies, permettant des mobilités douces comme le sentier de Mauvaisin, limitées dans un rayon de 30 minutes à vélo

densification et intensification, révéler une logique existante.

À l’heure où, selon l’Insee, l’Occitanie pourrait être amenée à accueillir 824 000 habitants d’ici 2070, la question de la densification bâtie et végétale et l’intensification des contacts, humains et non humains, deviennent élémentaires. Dans cette perspective, l’outil évolutif du projet processus est employé.

Ce travail permet d’aborder le territoire par des clefs de lecture révélant la fractale, débutant par la trame de l’eau, entraînant les habitants vers les espaces de fraîcheur que sont les rus et leurs végétations intensifiées. La forme urbaine est rendue lisible par le dessin de ce que nous nommerons les souleillas, définis par les courbes de topographie et les rus qui les morcellent. Ces souleillas sont équipées de divers programmes à vocation sociale qui s’intègrent dans le maillage d’acteurs et de programmes existants. Ils sont positionnés sur les axes qui suivent les hauteurs afin d’être accessibles pour tous. L’équilibre trouvé entre ces programmes permet de renforcer les relations sociales en fabriquant une interdépendance entre les souleillas. Ces projets devront être priorisés et phasés en fonction des opportunités foncières dont la commune dispose.

Ce projet processus appréhende la logique de densification en considérant la topographie et les souleillas comme limites claires à l’urbanisation. Certaines existent déjà comme les rus, les cheminements piétons ou la trame végétale. Il est nécessaire de les renforcer pour définir la forme finie de la ville de Nailloux. L’idée est de profiter des opportunités foncières repérées pour faciliter l’absorption démographique en cohérence avec une logique de protection des terres agricoles et naturelles. Cette ambition doit suivre des invariants, définis dans le projet.

Chaque trame hydrologique permet d’accéder au grand paysage simplement depuis chez soi, lorsque chaque voie douce urbaine vous oriente vers les services et les équipements communaux.

deux sites, deux clefs.

Pour comprendre le fonctionnement des souleillas, deux sites caractérisés permettent de définir une diversité d’interventions, entre acupunctures et morphogenèses urbaines et paysagères. Toutes les situations sont abordées, en conservant la marge de manœuvre qu’est celle d’un projet sur le temps long. Ces deux sites s’attachent respectivement au cœur de ville et au site du Tambouret couplé à l’Abestenc de Trégan.

le cœur de ville, poumon social à prolonger.

Le cœur de ville s’étend de la bastide historique jusqu’à l’extrémité des faubourgs et des souleillas, incluant les équipements à proximité. La place de l’église, au centre du castrum, nous enseigne une première règle ; la hauteur est déterminante pour l’implantation d’un équipement public de par sa centralité.

La halle existante, liée à la bastide, représente l’activation du maillage urbain par l’espace public. Il s’intensifie à la croisée des circulations et se hiérarchise en fonction de celles-ci. Si ces règles urbaines visent à hiérarchiser les espaces publics en fonction de leur intimité et de leur situation, la variable de la fractale y est ajoutée en dessinant clairement les tracés de l’eau, fonction de la topographie. Ainsi, l’eau devient un nouveau chemin vecteur d’activation, alors que le bâti et le végétal marquent les distances. 

Le cœur de ville, structuré sur les rues de la République, d’Auterive et du Laytie, enseigne une façon d’intervenir sur le tissu existant. Ce travail passe par une identification claire des potentiels de projet, basée sur les opportunités foncières et les zones d’intérêt définies par le maillage de la fractale. Ici, celle-ci est parfaitement lisible par ses axes urbains longeant chaque crête et ses rus retrouvés. Trois sites majeurs sont ciblés pour intervenir et affirmer un espace public et une architecture au service du vivre-ensemble au sein du cœur de ville.

L’esplanade de la Fraternité, espace public déclencheur d’une dynamique, est augmentée par le lieu des possibles, équipement plurifonctionnel proposant un espace capable à l’échelle de l’espace public existant. Le lieu mêle scénarisation de l’eau par des veines ouvertes dans l’asphalte et utilisation des eaux pluviales au sein de l’architecture.

Ce cœur social est aussi renforcé par le remaniement du stade. C’est un acte fort, celui de s’inscrire dans le maillage d’équipements existants, en considérant qu’une habitude inscrite dans un lieu depuis un demi-siècle est vectrice d’une sociabilité facilitée et essentielle. Cet usage, qui doit être terrassé, n’est en aucun cas repositionnable dans la commune sans d’importants travaux de nivellement et une anthropisation non souhaitable. Le stade est donc conservé, transformé en infrastructure mixte rugby-football compétitive. Ici, l’eau est mobilisée à sa source pour alimenter le terrain et les vestiaires. Le parvis entre l’école et le stade est créé en réduisant drastiquement la présence automobile et en repensant le schéma de stationnement en concordance avec les réseaux doux implantés. Les enfants des écoles à proximité profitent de cet équipement à potentiel éducatif.

Plus au Nord, une autre situation de projet est intéressante, celle de l’équipement de la souleilla de Viviers. Au croisement de la rue de la République et de celle du Laytié, une dent creuse généreuse, prolongée d’un espace paysager généreux, offre une opportunité de lien entre urbain et paysage spécifique. En implantant un premier programme léger, une Amap de proximité, une dynamique d’activation est déclenchée, prolongée par la mise en place de jardins partagés puis d’une recyclerie, permettant d’affirmer cette centralité solidaire au cœur de la ville.

la souleilla du Tambouret, une situation post-pétrole. 

Le second site, ciblé par Europan, s’attache à la souleilla du Tambouret et de l’Abestenc du Trégan, au Nord de la commune. Cette souleilla est unique dans son genre, son coteau Sud, annexé à la zone urbaine à la fin des années 2010, forme un espace presque exclusivement dédié aux activités souvent mondialisées : automobile, grande distribution... Un espace anthropisé donc, mais peu occupé, propice pour explorer des typologies et des morphologies qui s’adaptent à ce territoire collineux. Par ailleurs, cet espace, où l’homme a déjà terrassé et goudronné, est une occasion d’expérimenter des méthodes de désimperméabilisation et de réaménagement des talus. Le site est un formidable laboratoire pour la ville de Nailloux. En s’appuyant sur les enseignements du cœur de ville, le projet offre les clefs pour proposer une urbanité riche qui mêle architecture et paysage, cheminements doux et trame bleue, racines d’une véritable proposition habitée où chaque déplacement est une balade. Sur ce site, les fractales des différentes échelles s’entremêlent, des zones humides au dernier affluent urbain du ru du Tambouret, de l’axe de la rue de la République jusqu’au seuil de votre porte.

Cette urbanité pose un principe simple : s’appuyer sur la trame viaire et paysagère existante pour produire une armature urbaine équilibrée. À la manière d’un cardo et d’un decumanus, les axes majeurs produisent un cœur dynamique, une centralité entourée des équipements publics projetés. Par l’ajout d’une échelle d’habitat intermédiaire, d’une densité raisonnable compte tenu des objectifs fixés en logements par la commune, il est possible d’affirmer une Souleilla comme modèle plurifonctionnel et chronotopique.

Parmi les programmes d’activation du Tambouret, la cuisine fait figure de préfiguration à l’échelle de la commune ; nécessairement en mettant l’eau au cœur de son architecture. Un impluvium permet de réguler les eaux de pluie et une éolienne à vent permet son pompage pour être directement utilisée en cuisine. Les eaux grises sont traitées par un système de REUT (Réutilisation des Eaux Usées Traitées). Son architecture extensible pour accueillir un restaurant, peut devenir un espace social de mutation à l’échelle du quartier, habité à toutes heures de la journée. Cette cuisine, associée au maraîchage communal et au circuit de la céréale, peut réellement devenir une plateforme de valorisation alimentaire locale et durable.

la créolisation, un projet processus.

Ce mot parvient avec le poids d’une histoire. Pour Édouard Glissant, précurseur du terme, c’est la rencontre “des cultures du monde d’aujourd’hui dans leurs particularités, leurs diversités, leurs différences, qui se mettent en contact et qui produisent de l’imprévisible”. Ici, ce qui est retenu est la rencontre et la naissance de l’imprévisible. Un tel processus fabrique ces moments de contact entre les habitants pour favoriser l’usage, souvent en l’initiant et en permettant un moment de dialogue pouvant aboutir sur une évolution de la programmation ou une extension la pérennisant.

• Re-garde l’eau, c’est d’abord moins dépendre de la métropole toulousaine pour tendre vers une solidarité bio-régionale.

• Re-garde l’eau, c’est aussi comprendre un territoire de projet spécifique avec des logiques d’interventions liées à la topographie, aux sols, à l’organisation urbaine et aux équilibres programmatiques à prévoir.

• Re-garde l’eau, c’est révéler la capacité de Nailloux à réinventer son développement urbain en équilibrant son effort entre espace public et urbanité.

• Re-garde l’eau, c’est proposer une architecture toujours inscrite dans un schéma d’acteurs existants.

• Enfin, Re-garder l’eau, c’est choisir le contenu, l’eau, celle qui nourrit, qui s’écoule, s’évapore, gèle et coule de nouveau, c’est révéler l’eau à chaque instant, du sentier du territorial à l’impluvium de la cuisine en passant par le stade pédagogique.

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