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L’édition 2026 du Festival des Architectures Vives propose comme thématique la transmission. Celle-ci convoque à la fois le matériel et l’immatériel et permet d’évoquer le lien entre les générations d’architectes, d'artisans et d’usagers. À travers un dispositif architectural implanté dans une cour d’hôtel particulier, les projets proposés offrent une lecture orientée de la thématique.
Le relayeur.
Le Relayeur est une installation qui interroge la notion de transmission sous sa forme essentielle : un acte vivant, continu, fragile et profondément social. Transmettre, ce n’est ni échanger ni rendre. C’est accepter que ce qui nous a été donné ne nous appartient que temporairement, et qu’il nous revient non pas de le restituer à son auteur, mais de le prolonger vers quelqu’un d’autre. En cela, le projet s’inscrit dans la pensée de Marcel Mauss (Essai sur le don - 1968) : « le don porte toujours une part de celui qui l’a offert, une substance vivante qui nous traverse autant qu’elle nous engage ». Le Relayeur rend tangible cette idée en créant un espace où chacun peut librement choisir de recevoir et de transmettre, sans obligation, sans nécessité d’un retour à l’envoyeur.
Pour incarner cette dynamique, le projet s’inscrit au sein de la cour de l’hôtel de Beaulac. Reprenant sa géométrie, l’installation s’offre immédiatement au regard du visiteur depuis l’espace public, au-delà du passage couvert qui mène à la cour. Le désaxement de la structure positionnée en son centre est une invitation à parcourir le lieu en découvrant chacune des faces de l’installation. Celle-ci semble être la destination naturelle, comme s’il attirait progressivement celui qui s’en approche.
Le Relayeur se compose de deux éléments complémentaires et pourtant radicalement distincts. Le socle, d’abord, est constitué de deux gradins maçonnés à partir de pierres réemployées. Cette matérialité incarne une continuité tangible : celle d’un héritage déjà porteur d’histoires, réinvesti au service de la transmission.
C’est un espace d’accueil. On peut s’y asseoir pour partager un moment, observer les façades et prendre le temps de lire le lieu. Il est aussi possible de gravir le socle commun pour atteindre l’élément qui le surplombe. C’est une structure filigrane en maille métallique, presque immatérielle. Elle se dresse verticalement, comme une colonne de pensée, c’est l’expression d’une idée, légère par sa matière et précieuse par le sens qu’elle renferme. Fragile et poreuse, elle symbolise la transmission immatérielle : la pensée qui circule, se transforme, se perd, parfois se retrouve. Dans ses interstices reposent des parchemins enroulés, qui semblent s’évader comme suspendus dans un entre-deux. Leur répartition, parfois dense et parfois éparse, matérialise la fragilité de la propagation.
En s’approchant, le visiteur remarque sur la tranche du parchemin qu’il est invité à en saisir un, à en détacher le crayon soigneusement attaché, à le déplier et à le lire : « La pensée d’un inconnu. Si elle vous touche, gardez-la. ». Le geste devient alors intime, presque secret. Dorénavant il appartient au visiteur d’emporter avec lui un fragment de son prédécesseur, un souvenir, une colère, une joie, une réflexion, un poème.
Sur le socle, des parchemins vierges attendent à leur tour. Le crayon en main, le visiteur peut décider à son tour d’écrire quelque chose, même infime. Rien ne l’y oblige ; tout l’y invite. Une fois son message rédigé, il l’enroule et le glisse dans la maille métallique, à hauteur de son choix. Son message devient alors partie du paysage, offert à un futur inconnu.
Ce dispositif met chacun face à une série de choix. Recevoir ou non. Transmettre ou non. Se poser, observer, ou s’engager dans le cycle. Chaque position est valable, chaque geste, silencieux ou actif, devient une manière d’habiter l’espace. L’installation n’impose rien : elle accueille, invite, accompagne. Lorsque le visiteur quitte la cour, il emporte avec lui un message, une trace d’une autre personne, dont il décidera du destin. Le conserver ou le transmettre à son tour. Dans ce simple geste réside tout le sens du projet : transmettre, ce n’est pas rendre ; c’est redonner.